mercredi, 14 novembre 2007

Les nouvelles sont réjouissantes.

Les nouvelles politiques circulent vite depuis que notre
Président préféré se déplace sur tous les foyers de grève
et les flammes de mécontentement. Au cours d'un des survols
de notre cher hexagone, un idée subite lui a traversé l'esprit.
Vu de son Airbus A380, la Belgique lui a paru bien petite
et appétissante à souhaits. Il pourrait loger en un seul vol, tous les Wallons,
si désespérés de ne plus avoir de gouvernement. Notre Premier Ministre
étant très disponible pourra leur faire passer les tests ADN et les certifier "Français".
L'aide humanitaire rejoindra l'ambition d'une France plus forte dans l'Europe.
Certes, Napoléon y est allé plus vite, mais gardons notre humanisme intact.
Paris ne sera pas la capitale de l'Europe, mais la capitale de l'Europe
sera Française. CQFD.

L'élan de générosité qui caractérise notre gouvernement met en exergue
la solidarité des Présidents entre eux. En effet, pour éviter que les Présidents
Chirac, Giscard d'Estaing, Mitterrand, ne soient injustement traînés devant
les tribunaux, la Ministre Garde des Sceaux, les fait fermer presque tous.
Avec les grèves des transports à répétition, plus la peine de se déplacer
à 300 km. Un justificatif de la SNCF suffira.
Ce qui a motivé ces fermetures est la conclusion de la grande enquête :
"La justice mérite-t-elle son nom" ? "Es-t-elle bien juste" ?
Mais au fait, s'il n'y a plus assez de tribunaux, est-ce que notre Président
pourra réellement divorcer ?
Cette polémique sur la fermeture des tribunaux nous troublent car personne
n'a vraiment envie de s'y retrouver, pas même les sauvageons, ni la racaille.
Une autre grande institution a très bien réussi sa réorganisation sans histoire :
"L'Eglise" avec ses trop nombreuses églises, chapelles et curés.
Les regroupements de paroisses, la fermeture d'églises et de confessionnaux
se sont très bien déroulés. Le gouvernement devrait se renseigner sur la méthode
employée. Ces confessionnaux ressemblaient étrangement à des tribunaux.
Les peines y étaient moins lourdes et l'absolution y était de mise.
"L'ardoise magique", avions-nous coutume de l'appeler.

A bien y regarder, les nouvelles sont réjouissantes car à chaque fois,
l'ouverture politique vient rencontrer la fermeture des acquis.

mardi, 06 mars 2007

Justice ou "droit du moment".

medium_Balance_de_Justice..gifPuisqu'il faut tout réformer en France à chaque élection, les gouvernements successifs n'ayant rien compris à rien, paraît-il, nous proposons de réformer la justice. Une fois de plus, me direz-vous. Avons-nous bien posé la question de savoir si la justice est juste ? Prenons le cas de l'avortement qui se trouve légalisé depuis 1975. Une "faiseuse d'anges" a été guillotinée en 1943, (chose très rare pour une femme) et 32 petites années après, ce même acte est remboursé par la Sécurité Sociale et il faut même encourager le corps médical dans ce sens. Où se trouve la justice ? Dans les années d'écart ? Sommes-nous dans la même justice si une affaire est médiatisée et l'autre pas ? Si par coïncidence, des mêmes jugements arrivaient en même temps ? Si les consignes "gouvernementales" se font pressantes malgré la fameuse indépendance de la justice ? Et la prison, est-elle juste ? Ne serait-ce pas le bagne des XX et XXX° siècles ? Parmi ceux qui réclament à corps et à cri la prison, pendant combien de jours l'ont-ils connue ? Les chiffres "ronds" : 1 mois, 1 an, 10 ans, 20 ans… ne sont-ils pas arbitraires ? Les lois sont votées par des parlementaires qui se sont voté une immunité parlementaire. Est-ce juste ? Est-il juste que la première loi qui régit chaque citoyen dise ceci : "Nul n'est censé ignorer la loi" alors qu'aucun juge ni avocat ne la connaisse entièrement ? Qui d'ailleurs nous a appris toutes les lois ? La société ? Personnellement, j'aurais préféré ne pas me faire appeler "nul" et que l'on me dise "Chacun doit se soumettre à la loi". C'est plus compréhensif et moins impératif. Quelle est cette comédie d'un Procureur en permanence "excédé" et d'un juge qui ne l'écoute presque jamais ? Que fait-on des lois obsolètes que nous sommes censés respecter ? Qui osera un jour nous présenter une table des lois à jour ? Oui, s'il y a bien un domaine à réformer, c'est celui de nos lois essentielles pour que nous puissions les respecter avec clarté. Nous avons la chance d'avoir 40 000 livres imprimés par an. Nous ne voulons pas 40 000 lois par an. La justice actuellement, devrait s'appeler "le droit du moment". Ce serait plus juste.

mercredi, 06 décembre 2006

Outreau, Faites comme moi, démissionnez !

Réaction sur l'article du juge Laurent Léguevaque,
qui s'intitule : "Faites comme moi, démisionnez" ! paru dans Le Monde
daté du jeudi 2 mars 06.


Félicitations !

Voilà une nouvelle qui va nous rapprocher des fonctionnaires.
Comment se fait-il que les fonctionnaires soient la seule catégorie sociale
à ne jamais démissionner ? La démission est une pratique très courante dans le privé.
Il n'y a aucune honte à cela.
Si l'on n'est pas satisfait, ou que l'on pense être mieux ailleurs, il ne faut pas hésiter.
Les fonctionnaires semblent tétanisés à cette idée.
La question est posée : "Seraient-ils tous fonctionnaires s'il n'y avait pas tous ces privilèges
et notamment la sacro-sainte sécurité de l'emploi" ?
Si la réponse est positive, cette suppression ne devrait pas poser de problèmes.
Ce serait une égalité et une fraternité retrouvées pour tous les Français.
Cette tétanisation devant le futur est la meilleure arme pour l'Administration afin de ne pas évoluer.
Ils râlent mais ils restent.
Fonctionnaires, vous valez mieux que vous n'êtes.
Réagissez et suivez les bons exemples.
Le Privé est prêt à vous ouvrir ses portes. Vous le valez bien.

Point de vue
Faites comme moi, démissionnez !, par Laurent Lèguevaque
LE MONDE | 01.03.06 | 13h59 • Mis à jour le 01.03.06 | 13h59


Dans les colonnes des journaux, çà et là on le sent, la magistrature française redresse la tête. Marre de cette fichue commission parlementaire ! Ulcérés par les menaces dont serait victime le juge B., les magistrats se récrient, portent plainte, regimbent... Pourtant, il n'y a pas à tortiller : il faut qu'ils démissionnent ! Qui ? Le juge B., bien sûr, mais aussi le procureur, le juge incarcérateur, et tous ceux de la cour d'appel ayant trempé dans cette sale affaire d'Outreau. Soixante-dix magistrats, paraît-il : tant mieux, ça libérera des places... De l'air !


Après tout, moi, j'ai démissionné pour moins que ça. Vrai ! Juste parce que j'en avais assez. Parce que j'allais au palais à reculons. Parce que, au fil du temps, j'étais devenu l'inverse de ce que je voulais être. Parce que j'étais en quête d'humanité. Et parce que, des erreurs judiciaires, j'en commettais aussi. Comme tous les juges. Saleté de système pénal. Mais, objecteraient mes anciens collègues, "techniquement, il n'y a pas eu erreur judiciaire". La belle affaire ! Que penser de chirurgiens qui continueraient d'opérer après avoir tragiquement raté treize interventions ? Que penser de magistrats qui, toute honte bue, refusent à leurs victimes la moindre excuse ? Et qui préfèrent s'adresser à la presse - pour mieux s'absoudre ? Le sens de l'honneur se perd dans la fonction publique. Il n'y a pas si longtemps, des ministres démissionnaient parce qu'ils n'étaient pas d'accord avec une guerre, ou simplement parce qu'ils étaient mis en examen par la justice... Et, aujourd'hui, ces magistrats demeurent arrimés à leurs postes, accrochés à leurs traitements, leurs primes, leurs grades. Et restent en mesure de recommencer à déraper, à l'occasion d'une nouvelle "affaire du siècle".
Car, nous le savons grâce aux travaux de la commission parlementaire, c'est bien ainsi qu'ils s'adressaient aux innocents sortant d'éprouvantes gardes à vue : "Ne me faites pas perdre mon temps, ne niez pas les faits, c'est une grosse, une très grosse affaire, l'affaire du siècle ! - Mais vous brisez ma vie, monsieur le juge"... Quelle importance, puisque c'était l'affaire du siècle ! Il fallait comprendre : "Vous avez peut-être une vie, mais, moi, j'ai une carrière." D'ailleurs, souvenons-nous... Juste avant que l'accusatrice principale ne se rétracte en pleine audience de cour d'assises... Juste avant que la presse ne réalise que ce prétendu "réseau pédophile" était artificiellement bâti, sur de pures conjectures - solide comme un château de cartes à jouer. A jouer avec la vie des autres... Eh bien, juste avant que tout ne s'effondre, où était le juge d'instruction de l'affaire ? Mais au parquet de Paris. Substitut de monsieur le procureur de Paris, rien de moins !
Or j'ai été magistrat, treize années durant : ils ne me feront jamais gober que passer de Boulogne-sur-Mer à Paris ne constituait pas une sacrée promotion ! ça avait fonctionné, donc : le juge B. avait correctement instruit l'"affaire du siècle", en excellent "technicien du droit". Et le juge B. avait été promu... Et les autres ? Ceux du parquet, ceux de la chambre de l'instruction à la cour d'appel, quelles ont été leurs récompenses ? Une promotion, une prime de rendement accrue ? Une chouette mutation, une meilleure évaluation ? Et à présent, après l'écroulement de leur château de cartes, en pâtissent-ils ? Non, ils sont encore là. Continuant à dire le droit, à lustrer leurs manches de robe, à réfléchir à leur carrière.
Certains prétendent qu'il y aura un avant et un après l'affaire d'Outreau, comme il y eut un avant et un après l'affaire Dreyfus... En oubliant cependant un détail : il n'y eut aucun "après-Dreyfus". La France ne s'est jamais débarrassée de ses juges carriéristes. Ils s'en tirent toujours. Moi, je me suis tiré, comme on dit.
Démission, sans faute. Depuis, je me promène... Hier, je croise un ancien truand que j'avais autrefois inculpé... Un perceur de coffre. Sympa. Un vieux de la vieille. Sa biographie, en quelques mots. Démobilisé après la guerre d'Algérie, où l'armée l'avait formé "à faire péter à l'explosif des structures métalliques", il s'était dit : "Bon, je vais utiliser ce qu'on m'a appris"... Et il était rapidement devenu un spécialiste du coffre-fort, boum ! Hier, donc, on se croise, en ville :
"- Bonjour, monsieur le juge !
- Non, j'ai arrêté !
- Moi aussi", rigole-t-il.
Clin d'oeil. On bavarde. On en vient à causer de l'affaire d'Outreau. Son avis ? Le meilleur, le plus sain que j'aie entendu jusqu'à présent. Un point de vue d'expert, en somme. Il me rappelle qu'en prison, on reconnaît un détenu pour pédophilie à ce qu'il ne montre jamais sa copie de mandat de dépôt aux autres détenus... Question de survie. Et lui - qui, sous la douche, a sûrement cassé les gueules de quelques "pointeurs" - résume, fort de son expérience :
"Faire de la taule, c'est pénible... Faire de la taule pour pédophilie, c'est l'enfer... Mais faire de la taule pour pédophilie quand on n'a rien à se reprocher, c'est à se flinguer !"
Il a raison. Diablement, bougrement raison. Alors, quoi, pensez à vos victimes, récupérez un brin d'honneur, et démissionnez, mesdames et messieurs les magistrats impliqués ! Un point c'est tout, un point c'est marre !
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Ex-magistrat, Laurent Lèguevaque a été juge d'instruction pendant treize ans, il a démissionné de la magistrature le 17 janvier 2005. Il est l'auteur de Plaidoyer pour le mensonge (Denoël, 132 p.,10 €).

LAURENT LÈGUEVAQUE
Article paru dans l'édition du 02.03.06