mardi, 14 avril 2009

Quand la nostalgie nous tient !


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Les plaques d'immatriculation des voitures vont changer et abandonner
le numéro des départements le 14 avril 2009.
Ce changement semble faire plus d'émoi que la mondialisation, les délocalisations
et le sort de la planète.
Ciel ! personne ne saura d'où je viens et moi, je ne saurai pas où je suis.
Ce changement semble une atteinte à l'identité personnelle.


Il est curieux de constater que cette nostalgie subite s'appuie sur le mot "département"
qui est le symbole même du pouvoir central, bien centralisateur.
Les girondins seraient-ils devenus jacobins ?
"Diviser pour régner" reste toujours la devise à la mode afin d'éviter toute région trop forte.
En fait, ce ne sont pas les plaques d'immatriculation des voitures qu'il faut changer
mais bien abolir les départements et réunir les budgets départementaux et régionaux.
Au lieu de crier contre les gouvernements qui n'en peuvent plus, unissons nos efforts
pour une meilleure visibilité et une grande économie d'échelle.
L'Europe est "régionale", encore faut-il qu'il y ait des régions de taille européenne.
Voyager avec son "numéro" à l'arrière de sa voiture ne fait que dire :
"tiens, celui-ci n'est pas d'ici", c'est donc un étranger.
France Télécom nous a habitués à d'autres numéros que ceux du département
et nous n'avons rien dit. Les opérateurs du téléphone portable ont su, avec sagesse,
se débarrasser de cet encombrant "territoire".
A l'heure de l'Europe, nous avons bien besoin de nous appeler "Français",
alors que le département fleure bon le sous-préfet aux champs.
"Big brother" nous traque allègrement chaque jour, essayons cette liberté d'être
nous-mêmes, sans le regard oblique et soupçonneux.
Nous nous apprêtons à instituer un numéro de département « faux » qui restera sur la voiture.
Franchement, nous devrions prendre le numéro « 00 » pour éviter que le faux ne l’emporte sur le vrai.
En Suisse, les plaques sont personnelles et correspondent presque à l’année de naissance.
Un petit livret s’achète en librairie pour connaître le nom et l’adresse du propriétaire de la voiture.
Est-ce cela que nous voulons ? Les Solex et vélos sont-ils concernés ?


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Télérama N°3093 du 25 avril au 1er mai 2009.

 

 

 

mercredi, 06 décembre 2006

Outreau, Faites comme moi, démissionnez !

Réaction sur l'article du juge Laurent Léguevaque,
qui s'intitule : "Faites comme moi, démisionnez" ! paru dans Le Monde
daté du jeudi 2 mars 06.


Félicitations !

Voilà une nouvelle qui va nous rapprocher des fonctionnaires.
Comment se fait-il que les fonctionnaires soient la seule catégorie sociale
à ne jamais démissionner ? La démission est une pratique très courante dans le privé.
Il n'y a aucune honte à cela.
Si l'on n'est pas satisfait, ou que l'on pense être mieux ailleurs, il ne faut pas hésiter.
Les fonctionnaires semblent tétanisés à cette idée.
La question est posée : "Seraient-ils tous fonctionnaires s'il n'y avait pas tous ces privilèges
et notamment la sacro-sainte sécurité de l'emploi" ?
Si la réponse est positive, cette suppression ne devrait pas poser de problèmes.
Ce serait une égalité et une fraternité retrouvées pour tous les Français.
Cette tétanisation devant le futur est la meilleure arme pour l'Administration afin de ne pas évoluer.
Ils râlent mais ils restent.
Fonctionnaires, vous valez mieux que vous n'êtes.
Réagissez et suivez les bons exemples.
Le Privé est prêt à vous ouvrir ses portes. Vous le valez bien.

Point de vue
Faites comme moi, démissionnez !, par Laurent Lèguevaque
LE MONDE | 01.03.06 | 13h59 • Mis à jour le 01.03.06 | 13h59


Dans les colonnes des journaux, çà et là on le sent, la magistrature française redresse la tête. Marre de cette fichue commission parlementaire ! Ulcérés par les menaces dont serait victime le juge B., les magistrats se récrient, portent plainte, regimbent... Pourtant, il n'y a pas à tortiller : il faut qu'ils démissionnent ! Qui ? Le juge B., bien sûr, mais aussi le procureur, le juge incarcérateur, et tous ceux de la cour d'appel ayant trempé dans cette sale affaire d'Outreau. Soixante-dix magistrats, paraît-il : tant mieux, ça libérera des places... De l'air !


Après tout, moi, j'ai démissionné pour moins que ça. Vrai ! Juste parce que j'en avais assez. Parce que j'allais au palais à reculons. Parce que, au fil du temps, j'étais devenu l'inverse de ce que je voulais être. Parce que j'étais en quête d'humanité. Et parce que, des erreurs judiciaires, j'en commettais aussi. Comme tous les juges. Saleté de système pénal. Mais, objecteraient mes anciens collègues, "techniquement, il n'y a pas eu erreur judiciaire". La belle affaire ! Que penser de chirurgiens qui continueraient d'opérer après avoir tragiquement raté treize interventions ? Que penser de magistrats qui, toute honte bue, refusent à leurs victimes la moindre excuse ? Et qui préfèrent s'adresser à la presse - pour mieux s'absoudre ? Le sens de l'honneur se perd dans la fonction publique. Il n'y a pas si longtemps, des ministres démissionnaient parce qu'ils n'étaient pas d'accord avec une guerre, ou simplement parce qu'ils étaient mis en examen par la justice... Et, aujourd'hui, ces magistrats demeurent arrimés à leurs postes, accrochés à leurs traitements, leurs primes, leurs grades. Et restent en mesure de recommencer à déraper, à l'occasion d'une nouvelle "affaire du siècle".
Car, nous le savons grâce aux travaux de la commission parlementaire, c'est bien ainsi qu'ils s'adressaient aux innocents sortant d'éprouvantes gardes à vue : "Ne me faites pas perdre mon temps, ne niez pas les faits, c'est une grosse, une très grosse affaire, l'affaire du siècle ! - Mais vous brisez ma vie, monsieur le juge"... Quelle importance, puisque c'était l'affaire du siècle ! Il fallait comprendre : "Vous avez peut-être une vie, mais, moi, j'ai une carrière." D'ailleurs, souvenons-nous... Juste avant que l'accusatrice principale ne se rétracte en pleine audience de cour d'assises... Juste avant que la presse ne réalise que ce prétendu "réseau pédophile" était artificiellement bâti, sur de pures conjectures - solide comme un château de cartes à jouer. A jouer avec la vie des autres... Eh bien, juste avant que tout ne s'effondre, où était le juge d'instruction de l'affaire ? Mais au parquet de Paris. Substitut de monsieur le procureur de Paris, rien de moins !
Or j'ai été magistrat, treize années durant : ils ne me feront jamais gober que passer de Boulogne-sur-Mer à Paris ne constituait pas une sacrée promotion ! ça avait fonctionné, donc : le juge B. avait correctement instruit l'"affaire du siècle", en excellent "technicien du droit". Et le juge B. avait été promu... Et les autres ? Ceux du parquet, ceux de la chambre de l'instruction à la cour d'appel, quelles ont été leurs récompenses ? Une promotion, une prime de rendement accrue ? Une chouette mutation, une meilleure évaluation ? Et à présent, après l'écroulement de leur château de cartes, en pâtissent-ils ? Non, ils sont encore là. Continuant à dire le droit, à lustrer leurs manches de robe, à réfléchir à leur carrière.
Certains prétendent qu'il y aura un avant et un après l'affaire d'Outreau, comme il y eut un avant et un après l'affaire Dreyfus... En oubliant cependant un détail : il n'y eut aucun "après-Dreyfus". La France ne s'est jamais débarrassée de ses juges carriéristes. Ils s'en tirent toujours. Moi, je me suis tiré, comme on dit.
Démission, sans faute. Depuis, je me promène... Hier, je croise un ancien truand que j'avais autrefois inculpé... Un perceur de coffre. Sympa. Un vieux de la vieille. Sa biographie, en quelques mots. Démobilisé après la guerre d'Algérie, où l'armée l'avait formé "à faire péter à l'explosif des structures métalliques", il s'était dit : "Bon, je vais utiliser ce qu'on m'a appris"... Et il était rapidement devenu un spécialiste du coffre-fort, boum ! Hier, donc, on se croise, en ville :
"- Bonjour, monsieur le juge !
- Non, j'ai arrêté !
- Moi aussi", rigole-t-il.
Clin d'oeil. On bavarde. On en vient à causer de l'affaire d'Outreau. Son avis ? Le meilleur, le plus sain que j'aie entendu jusqu'à présent. Un point de vue d'expert, en somme. Il me rappelle qu'en prison, on reconnaît un détenu pour pédophilie à ce qu'il ne montre jamais sa copie de mandat de dépôt aux autres détenus... Question de survie. Et lui - qui, sous la douche, a sûrement cassé les gueules de quelques "pointeurs" - résume, fort de son expérience :
"Faire de la taule, c'est pénible... Faire de la taule pour pédophilie, c'est l'enfer... Mais faire de la taule pour pédophilie quand on n'a rien à se reprocher, c'est à se flinguer !"
Il a raison. Diablement, bougrement raison. Alors, quoi, pensez à vos victimes, récupérez un brin d'honneur, et démissionnez, mesdames et messieurs les magistrats impliqués ! Un point c'est tout, un point c'est marre !
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Ex-magistrat, Laurent Lèguevaque a été juge d'instruction pendant treize ans, il a démissionné de la magistrature le 17 janvier 2005. Il est l'auteur de Plaidoyer pour le mensonge (Denoël, 132 p.,10 €).

LAURENT LÈGUEVAQUE
Article paru dans l'édition du 02.03.06